INSA LYON

07 sep
07/sep/2022

INSA LYON

« Face à l’urgence climatique, l’INSA s’est engagé dans une transformation profonde, au cœur de laquelle se trouvent nos diplômés »

L’année scolaire 2022/2023 est lancée. L’occasion de faire le point avec Frédéric Fotiadu, directeur de l’INSA Lyon, sur les actions entreprises par l’établissement pour répondre aux défis sociétaux actuels. 


Canicules, incendies, inondations… La crise climatique touche toujours plus durement la France, comme le reste du monde, illustrant les derniers rapports du GIEC, qui a appelé à des mesures immédiates, radicales pour « garantir un avenir vivable ». Face au défi climatique, comment l’école se saisit de cette urgence ?
L’INSA Lyon s’est mobilisé très tôt en faveur du développement durable et de la responsabilité sociétale de ses ingénieurs. Notre école s’est dotée d’une cellule DDRS, d’un chargé de mission et d’outils et en plaçant la question du développement durable et de la responsabilité sociétale au cœur de son pilotage et de son organisation. Au cours du contrat quinquennal 2011-2016, la recherche de l’INSA Lyon a été structurée autour de cinq grands enjeux sociétaux. À partir de 2018, la démarche prospective engagée par notre établissement s’est saisie de cette question de manière très forte, en impliquant l’ensemble des parties prenantes internes et externes de l’école. Dans le même temps, le sentiment d’urgence et la volonté de se mobiliser pour y répondre prenaient corps parmi les élèves et les enseignants-chercheurs. Cela s’est traduit en particulier par la constitution de « groupes transitions » au sein de départements afin d’agir sur la formation des ingénieurs pour mieux répondre à ces enjeux socio-climatiques. Fin 2019, a été votée, en conseil d’administration de l’INSA Lyon, la première lettre de cadrage sur l’évolution de la formation afin d’irriguer tous les niveaux du cursus ingénieur. De mon point de vue, ce travail doit se prolonger sur la formation doctorale, la formation continue et les nouveaux programmes Erasmus Mundus sur lesquels nous travaillons avec nos partenaires. 

Début 2020, avant même que Jean Jouzel ne soit mandaté par la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, nous nous sommes saisis de cet enjeu à l’échelle du Groupe INSA, en parfait accord avec notre mission : former des ingénieurs humanistes conscients de l’impact de leurs actions et dotés des meilleures capacités à agir. Nous avons alors souhaité nous associer avec un think tank de référence en la matière, The Shift Project, qui est aussi représentatif de cette mobilisation à l’échelle de la société civile – particuliers, décideurs économiques, institutionnels et politiques. Ce partenariat a permis d’aborder ces sujets complexes avec une réelle hauteur de vue, dans une logique d’innovation partagée. Il a véritablement renforcé la mobilisation de l’ensemble de notre communauté sur l’enjeu de transformation de la formation, tout en donnant lieu à la production de documents de référence mis à disposition de tous les acteurs de l’enseignement supérieur. 

Dans le cadre de la fondation INSA, en lien avec des entreprises partenaires telles que Vinci, des réflexions et des échanges contradictoires sur des thématiques telles que « les ingénieurs peuvent-ils réparer le monde ? » ont également pu être organisés. L’INSA cherche enfin à prendre part au débat public sur le rôle de l’ingénieur face à ces enjeux socio-écologiques à travers des interventions dans les médias, comme le magazine Usbek et Rica ou des conférences comme Les Rencontres du Développement Durable.  

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette évolution de la formation ? 
C’est une évolution qui s’inscrira dans la durée. C’est aussi une évolution qui a tendance à masquer le « r » de révolution, tant l’urgence et le caractère radical des transformations s’imposent à nous aujourd’hui. Il s’agit de maintenir une qualité de vie de l’humanité et les équilibres des écosystèmes à l’échelle de la planète. C’est précisément dans ce contexte que s’inscrit l’ensemble de la dynamique de transformation de l’INSA Lyon. 

En matière de formation, nous avons identifié deux enjeux clés : l’enjeu socio-climatique et l’enjeu numérique. Dans une école d’ingénieurs comme la nôtre, ces deux enjeux peuvent et doivent faire système. Ce sont en effet les deux facteurs majeurs d’accélération de l’histoire et de mutation de nos sociétés. Ils ont ainsi été placés au cœur de l’évolution des enseignements de l’INSA Lyon, dont le principal levier d’action, face aux défis socio-écologiques, sont les diplômés, ingénieurs et docteurs que nous formons. Je vous invite d’ailleurs à participer au webinaire « former les ingénieurs humanistes de demain » qui aura lieu le 27 septembre, à l’initiative de Nicolas Freud, chef de projet évolution de la formation et Carine Goutaland, Directrice du Centre des Humanités.

Vous parliez de transformer l’institution elle-même. Les bâtiments sont un des leviers de cette transformation. Qu’en est-il de l’évolution du campus ?  
De fait, la pertinence des choix qui ont été opérés sur la décennie écoulée en matière de rénovation des bâtiments est assez exemplaire. L’INSA Lyon a choisi d’agir de façon prioritaire sur la question de la performance énergétique, objet aujourd’hui de toutes les attentions. Le plan campus a permis la rénovation énergétique des premiers bâtiments. Le plan de relance l’a complété. Nos priorités sont de poursuivre les opérations de rénovation, notamment dans le cadre du CPER (Contrat Plan État-Région), pour donner à la fois plus de confort aux usagers et réduire notre impact carbone. Je voudrais également souligner l’importance des espaces non bâtis et je me réjouis de voir la part consacrée aux espaces verts progresser sur notre campus. Ils contribuent à rendre notre environnement de vie plus agréable à travers, notamment, un ambitieux programme de plantations, une réduction des îlots de chaleur urbain et un développement de la biodiversité. Notre recherche contribue également à faire de la Doua un véritable campus démonstrateur pour inventer la ville de demain, avec des expérimentations grandeur nature de nos laboratoires. 

Pour être légitime, nous nous devons d’être exemplaire sur notre campus, comme dans l’ensemble de nos activités. C’est précisément ce qu’on propose de poursuivre dans le futur contrat pluriannuel avec l’État.

À quelle étape se trouve le travail mené conjointement ces deux dernières années avec les quatre écoles d’ingénieurs du site Lyon-Saint-Étienne ? 
Aujourd’hui, dans un contexte où le site de Lyon-Saint-
Étienne doit se réinventer, repenser son organisation et ses schémas de coopérations entre établissements, nous proposons de mobiliser l’extraordinaire potentiel de l’ingénierie, collectivement. En effet, l’école Centrale de Lyon qui dépend, comme nous, du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, l’école des Mines de Saint-Étienne, qui dépend du Ministère en charge de l’industrie, l’ENTPE, qui dépend du Ministère de la transition écologique, et l’INSA Lyon ont noué une alliance stratégique pour mobiliser leurs forces en ingénierie. Nous souhaitons avancer ensemble pour aborder, en particulier, les enjeux critiques des grandes transitions. Il ne faut pas oublier que notre région constitue le premier site en France en concentration de laboratoires en ingénierie. 

Aujourd’hui, les laboratoires, les fédérations et toutes les entités qui structurent les forces scientifiques sur le site Lyon-Saint-Étienne, partagées entre les universités, les organismes de recherche et nos écoles, se sont mobilisés pour formuler des propositions de grands programmes interdisciplinaires. Ils ont imaginé comment mobiliser leurs expertises pour pouvoir répondre, mieux encore que nous ne le faisons aujourd’hui, aux multiples enjeux des transitions. 

Cette dynamique, démarrée en 2020, s’articule autour de trois grands défis : aller vers une industrie et une société décarbonées, développer une économie circulaire et construire une société numérique responsable. Ces trois grands défis constituent aujourd’hui la trame de la réponse que préparent nos quatre écoles d’ingénieurs, avec l’ensemble des partenaires académiques du site, pour la vague 3 de l’appel à projets « Excellences » dans le cadre de France 2030. Il s’agit de nous doter de moyens afin de mobiliser nos expertises dans une logique résolument interdisciplinaire, des sciences de l’ingénieur aux sciences humaines et sociales. C’est l’objet même du projet « E@SELY, l’ingénierie pour les transitions » coordonné par Jean-Michel Jolion. 

En parallèle, les quatre écoles d’ingénieurs, associant l’Université Jean Monnet et le CNRS, en lien avec nos filiales de valorisation – Centrale Innovation et INSAVALOR - déposent une réponse à l’appel à projets France 2030 « Accélération des stratégies de développement des établissements d’enseignement supérieur et de recherche ». Il vise, entre autres, à construire une offre nouvelle de formation continue afin d’accompagner les entreprises dans leur capacité à aborder leur propre transformation.

L’ensemble de ces initiatives dessinent un schéma cohérent, extrêmement ambitieux, pour transformer notre formation, notre recherche, notre site, nos relations avec notre environnement local, national et international, dans une logique systémique.